jeudi 15 décembre 2016

rockestionnaire #5


Aujourd'hui c'est OXOlaterre, alias Rodolphe, qui répond à notre désormais
célébrissime rockestionnaire !

OXOlaterre by himself


1/ Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Rodolphe, je suis illustrateur sous le pseudonyme OXOlaterre, je fais donc du dessin et de l’animation, et je vis actuellement à Lyon.


2/ Te sens-tu l'âme écolo ?

Je ne sais pas très bien ce que ça veut dire avoir l’âme écolo. Comme tout le monde j’ai appris à trier mes déchets, mais je suis loin d’avoir une discipline exemplaire.
Quand je lis les articles de cette page je me dis que j’ai encore beaucoup de progrès à faire.
Bon, pour ma défense je dirais que je ne fais pas parti de ces gens qui râlent quand les magasins ne donnent plus de sacs en plastic. Je pourrais aussi ajouter que je me déplace à vélo. Mais pour être tout à fait honnête la véritable raison est d’éviter les transports en commun.
Par contre, si avoir l’âme écolo c’est ne pas se considérer supérieur à d’autres espèces et faire en sorte de ne pas détruire davantage la planète, alors oui, je suis à 100% écolo !


3/ Dans l'éducation que tu as reçue, y avait-il une conscience écolo ?

Alors pas du tout ! (Décidément vous allez regretter de m’avoir confié ce questionnaire !) Il faut croire que "de mon temps", jeunes gens, on ne se préoccupait pas beaucoup de ces choses-là.
Je me souviens assez clairement qu’enfant j’accompagnais mon père en Ferrari en tracteur, avec à l’arrière dans la remorque, un monceau de déchets qu’on déplaçait jusqu’à la décharge à la sortie du village. Mon père activait la manette et tout se déversait. Et moi je contemplais avec une certaine euphorie les ordures dévaler. Alors la conscience écolo… pas vraiment. Car évidement tout ça était légal ! Et donc tout le monde faisait de même. Ensuite les responsables de la décharge s’occupaient de brûler ce qui pouvait bien brûler, le reste était enterré dans le sol, recouvert de gravats puis de terre. Ce n’était pas plus compliqué. Y’avait ! Hop ! Y’a plus ! C’était magique ! Et ça valait bien un tour en tracteur.
L’écologie est arrivé bien plus tard dans nos consciences, peut-être avec l’arrivée de deux nouveaux dans le paysage politique français : Brice Lalonde et Antoine Waechter. Tout le monde se foutait un peu de leurs gueules et de leurs coupes de cheveux. À l’époque parler d’écologie et des risques qu’encourrait la planète n’était pas très à la mode, et ces deux-là n’étaient pas non plus des plus glamours. L’écologie était triste comme un sous-pull qui gratte. Ca ne faisait pas rêver grand monde.
Mais avec le recul, je me dis qu’ils avaient eu un sacré courage pour venir aborder des sujets qui ne préoccupaient pas du tout les français. Finalement je pense qu’ils avaient bien plus de convictions que beaucoup d’hommes politiques aujourd’hui. Donc mea culpa.
Bref, je pense que l’écologie s’est installée progressivement dans la société, avec sans doute les médias et encore davantage avec internet. On ne pouvait soudain plus ignorer tous les problèmes qui s’amoncelaient et dont on devrait payer l’addition à plus ou moins court terme.
Ah si, je sais à quand remonte ma première prise de conscience écologique ! Générique de fin de La forêt d’émeraude: "Les forêts d’Amazonie disparaissent au rythme de 2 000 ha par jour. 4 millions d’indiens y vivaient. Il n’en reste plus que 120 000." Pour moi ce fut un choc ! 1985 ! Rendez-vous compte ! 

4/ Si tu en as eu un, quel a été ton déclic ? Une rencontre, un reportage, un livre ?

Pour moi le déclic c’est une prise de conscience concernant l’élevage industriel et la mise à mort à la chaîne, et donc de la cause animale. Ce qui amène forcément aux problèmes écologiques puisque les filières de production animales sont responsables d’une grande partie des émissions à effet de serre, mais aussi de la déforestation, de la pollution des eaux liées aux déjections des animaux et aux engrais et pesticides destinés à les nourrir. Sans parler de la quantité d’eau nécessaire à la production de fourrage (15 000 litres d’eau pour un kilo de bœuf).

Comme beaucoup d’entre nous j’ai vu passer les vidéos de L214, je me suis dit que je ne pouvais plus cautionner toutes cette souffrance et participer au carnage, j’ai donc renoncé à la viande (il y a seulement 6 ou 8 mois, je ne sais plus). Sans tambour ni trompette, sans les grandes déclarations qui en général accompagnent le fumeur repenti, mais plutôt discrètement, le temps de me rassurer et de me rendre compte que je pouvais très bien me nourrir autrement. Ma crainte était que mes repas deviennent tristes et sans saveurs. Finalement je n’ai jamais aussi bien mangé qu'aujourd'hui. Mais une fois que j’ai eu réglé le problème de mon alimentation et de ma petite personne, je suis allé voir un peu plus loin dans la maltraitance animale, et je dois dire que j’étais très nettement en dessous de ce que j’imaginais. Je n’ai jamais été un anticapitaliste forcené, je remettais d’ailleurs jamais en cause notre société de consommation, au contraire, acheter des choses, consommer me procure le plus souvent un plaisir certain, mais la réalité des d’abattoirs et des élevages concentrationnaires sont l’exemple même de ce que le capitalisme peut malheureusement produire de pire et nous montre les excès et les débordements d’un tel système.

Donc, les vidéos de L214 je les ai regardées ! Toutes ! Et bien d’autres encore découvertes sur internet. Avec toujours la même horreur, la même souffrance. Mais aussi celles de chiens se faire massacrer à coup de marteaux, de renards dépecés vivants pour l’industrie de la mode, de rhinocéros agonisant dans une mare de sang et dont on retire la corne à la machette. Etc …

Je me suis enfin décidé à lire No Steak d’Aymeric Caron que ma sœur (végétarienne depuis déjà de longues années — l’ovni de la famille) m’avait gentiment offert mais que je n’avais pas eu la curiosité d’ouvrir (je n’étais pas très fan de Caron). J’ai enchaîné avec Antispéciste (j’étais devenu très fan de Caron) qui m’a fait prendre conscience que nous nous comportons comme une espèce supérieure qui domine et exploite les plus faibles. J’ai aussi lu De viandard à Végane de Bruno Blum qui retrace un parcours de vie et dont le végétarisme fait parti, ainsi que le livre illustré Insolite veggie de Rosa B, plus humoristique mais tout autant pertinent. Et je sais déjà quel sera le prochain : Ces bêtes qu'on abat : Journal d'un enquêteur dans les abattoirs français (1993-2008) de Jean-Luc Daub. Je sens que cette lecture va illuminer mes fêtes de fin d’année :)

Bref, l’enfer existe et c’est nous qui en avons les clés. Du coup je trouve le Dr. Peters à la fin du film L’Armée des 12 singes beaucoup plus sympathique.


5/ Quelles sont tes bonnes habitudes ?

Regarder plus en détail les différents ingrédients que je consomme et les étiquettes des vêtements que j’achète.

Éviter les œufs et privilégier le lait végétal et les yaourts au soja. Pas compliqué j’adore ça.

Cuisiner davantage. Et mieux. (En même temps ce n’est pas difficile, j’étais le roi des plats cuisinés. "Faire des lentilles soi-même ? Trop dur !").


6/ Quelle serait ta prochaine étape ?

Ma prochaine étape serait le véganisme, de la tête aux pieds. Ni laine ni cuir.
Je rêve d’une paire de Dr. Martens Vegan. Si si, elles existent !

Et puis sinon le militantisme. J’ai découvert un monde d’activistes pour qui j’ai énormément de respect et d’admiration comme 269Life Libération Animale (ils sont Lyonnais), Jonathan Paul & Animal Liberation Front, Paul Watson & Sea Shepherd, Peta, L214, et bien d’autres encore.
Après je pense qu’il y a différents moyens de militer, plus en douceur, même s'il faut aussi des gens dont la lutte est bien plus radicale. Le dessin et l’animation, ainsi que la vidéo peuvent être des moyens utiles et efficaces pour sensibiliser autrement la population.


7/ Ce qui t'énerves le plus au quotidien ?

Beaucoup de choses !!! :)
L’indifférence et la mauvaise foi. Le fait que les gens refusent de remettre en question leur alimentation et leur mode de consommation, préférant ne rien savoir des élevages et les abattoirs. Sous prétexte que c’est ainsi depuis la nuit des temps, on ne va pas donc pas abandonner un régime carné ("Et puis le lion en fait autant alors hein !"). D’ailleurs en général ces personnes connaissent tous un charmant paysan qui élève avec amour ses vaches et ses cochons. Quand on sait que 95% des cochons proviennent de l’élevage intensif, je pense qu’ils connaissent tous le même paysan.
Bref, heureusement que pour l’abolition de l’esclavage il n’a pas fallu compter sur eux. Pourtant l’indignation sur Facebook marche à plein régime.

Et puis le hashtag #foodporn associé à une photo de charcuterie. Il représente à lui tout seul toute l’indécence et l’ignominie de ce monde résumé le temps d’une photo retouchée sur Instagram.


8/ Quelle est ta plus grosse honte ?

Quand on me pose des questions très précises sur l’alimentation et que je maitrise pas du tout le sujet, que je ne donne pas les réponses qu’on attend de moi.
Il y a d’ailleurs pas très longtemps j’ai lu un article intitulé "Dur dur d’être un vegan faillible…." et qui racontait entre autre ceci : "Je dois être imbattable en diététique, connaître précisément et sans antisèche la composition des aliments, où trouver du fer, où trouver des protéines, combien de lentilles il faut manger pour avoir autant de protéines que dans un steak, quelles sont les vitamines que l’on trouve dans le citron…"
C’est parfois un peu ça. Et je dois avouer que j’ai encore des progrès à faire.


9/ Une habitude vraiment pas bien à nous avouer ?

Peut-être le fait de me servir de ma page Facebook pour poster des articles et des vidéos ayant un lien direct avec la maltraitance animale, et dont le seul but est de faire culpabiliser les autres. Bon, en général je poste sans faire la leçon. Mais je n’en pense pas moins !
Ou quand le fils de ma copine me demande de lui passer le saucisson et que je lui tends en lui disant "Voilà ton bout de cadavre".
Ou mieux, quand je l’interromps dans ses vidéos de Youtubeurs pour lui montrer celle d’un abattoir.

Je sens qu’on va me juger pour ça.


10/ Une astuce à partager avec nos lecteurs ?

Ce serait plutôt un conseil. Matez le documentaire Earthlings (il est sur Youtube), faites-vous votre propre idée de la situation. Si rien ne vous choque, pas de souci, continuez comme avant. Mais si au contraire ça vous révolte, agissez en tant que consommateur.  Il ne s’agit pas de dire stop à la consommation, il s’agit de consommer autrement. Et si renoncer à la viande vous effraie, allez voir sur Youtube ou Instagram toute cette belle communauté de véganes qui semblent parfaitement équilibrés et bien dans leur peau (la leur !).
Je suis un inconditionnel de la chaîne de Lloyd Lang : http://www.youtube.com/user/23loley
Et aussi celle d’Alice Esmeralda : http://www.youtube.com/user/AliceEsmeralda
Ou encore The Vegan Zombie parce qu’ils sont souvent très drôles : http://www.youtube.com/user/ZombieGate

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